Trauma et système nerveux : comprendre la confusion et la honte
"Je sais que je suis en sécurité, alors pourquoi est-ce que je me sens encore en danger ? " Comprendre les réactions du système nerveux pour mettre des mots sur la confusion, apaiser la honte et retrouver des repères.

Et si certaines de nos réactions n'étaient pas des faiblesses, mais des tentatives de protection ?
Il arrive parfois que notre corps réagisse d'une manière que nous ne comprenons pas.
Une situation nous met soudainement très mal à l'aise. Le cœur s'accélère, le corps se tend ou sursaute, les pensées s'emballent. Ou, au contraire, nous nous sentons comme absents, figés, déconnectés de ce qui se passe.
Et après la réaction vient souvent une question :
« Pourquoi est-ce que je réagis comme ça ? »
Puis parfois la honte :
« Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Comprendre ce qui se passe dans notre système nerveux peut permettre de poser un regard différent sur ces réactions.
Non pas pour tout expliquer par le trauma, mais pour comprendre que certaines réactions peuvent être des réponses de protection.
Le trauma ne se trouve pas seulement « dans la tête »
Lorsque nous vivons une situation menaçante, notre organisme se mobilise pour nous protéger.
Notre système nerveux participe à cette adaptation : il peut augmenter notre vigilance, accélérer notre rythme cardiaque, tendre nos muscles et nous préparer à agir.
Dans certaines situations, il peut aussi nous amener à nous immobiliser, à nous retirer ou à nous sentir comme « déconnectés ».
Ces réactions sont automatiques. Elles ne sont pas toujours choisies consciemment
Et parfois, longtemps après qu'une situation difficile est terminée, certaines circonstances peuvent réveiller une réaction similaire.
Une voix, une attitude, une odeur, une situation relationnelle, un lieu ou une sensation corporelle peuvent rappeler, parfois sans que nous en ayons conscience, quelque chose qui a été vécu comme menaçant.
C'est alors que nous pouvons nous retrouver à penser :
« Je sais que je suis en sécurité, mais mon corps ne semble pas le savoir. »
Pourquoi autant de confusion ?
Lorsque notre organisme perçoit une menace, la réaction peut arriver très rapidement, avant même que nous ayons eu le temps d'analyser la situation car le trauma peut se manifester dans le corps, les émotions et le système nerveux.
C'est pourquoi nous pouvons parfois :
- avoir du mal à réfléchir clairement ;
- nous sentir submergés par une émotion ;
- être constamment sur nos gardes ;
- avoir envie de fuir ou de nous isoler ;
- nous sentir paralysés ou incapables d'agir ;
- ne plus savoir exactement ce que nous ressentons.
Cette confusion peut être très déstabilisante.
Et lorsque nous ne comprenons pas notre propre réaction, nous pouvons facilement la transformer en jugement contre nous-mêmes.
« Je suis trop sensible. »
« Je suis faible. »
« Je devrais arriver à contrôler ça. »
C'est ici que la honte peut s'installer.
Et si nous changions de regard ?
Une réaction de protection n'est pas nécessairement un défaut.
Le corps ne cherche pas à nous compliquer la vie. Il essaie de répondre à ce qu'il perçoit.
Cela ne signifie pas que toutes nos réactions sont adaptées à notre situation actuelle.
Mais cela signifie que nous pouvons commencer par les regarder avec davantage de curiosité.
Au lieu de :
« Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? »
essayer :
« Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ? »
Ou encore :
« De quoi ai-je besoin maintenant ? »
Ce changement de question peut ouvrir un espace.
Un espace entre ce que nous ressentons et le jugement que nous portons sur nous-mêmes.
Quelques pratiques simples pour revenir au présent
Les pratiques somatiques consistent notamment à utiliser les sensations corporelles et les informations de l'environnement pour retrouver davantage de stabilité.
Elles ne sont pas destinées à « effacer » le trauma. Elles peuvent simplement nous aider à revenir doucement à ce qui est présent ici et maintenant.
1. Regarder autour de soi
Lorsque vous vous sentez débordé, prenez quelques instants pour regarder votre environnement.
Observez les couleurs, les formes, la lumière.
Vous pouvez nommer intérieurement trois choses que vous voyez.
Puis rappelez-vous doucement :
« Je suis ici, maintenant. »
2. Sentir ses points d'appui
Portez votre attention vers vos pieds.
Sentez le contact avec le sol.
Puis remarquez le soutien de la chaise, du fauteuil ou du lit sous votre corps.
Vous n'avez rien à changer.
Simplement ressentir :
« Mon corps est soutenu. »
3. Trouver quelque chose d'agréable
Lorsque nous sommes anxieux, notre attention peut se focaliser entièrement sur ce qui ne va pas.
Essayez de trouver autour de vous une sensation neutre ou agréable :
- la chaleur d'une tasse entre vos mains,
- la douceur d'un tissu,
- un rayon de soleil,
- un parfum,
- un son apaisant.
Prenez quelques secondes pour simplement remarquer cette sensation.
Il ne s'agit pas de nier ce qui est difficile.
Il s'agit d'offrir à votre attention une autre information.
4. Bouger doucement
Si votre corps se sent tendu ou figé, vous pouvez essayer un mouvement simple :
marcher quelques pas, étirer doucement les bras, bouger les épaules ou secouer légèrement les mains.
L'idée n'est pas de « faire sortir le trauma ».
C'est simplement de retrouver une sensation de mouvement et de choix :
« Je peux bouger. Je peux m'arrêter. Je peux choisir mon rythme. »
Et si la respiration ne vous apaise pas ?
On entend souvent qu'il suffit de respirer profondément pour se calmer.
Mais ce n'est pas toujours vrai.
Pour certaines personnes, porter son attention sur la respiration peut même augmenter l'inconfort ou l'anxiété.
Il n'est donc pas nécessaire de se forcer à respirer d'une certaine manière.
Vous pouvez simplement observer votre respiration sans chercher à la modifier.
Et si cela vous met mal à l'aise, revenez à quelque chose d'extérieur : regarder autour de vous, sentir vos pieds ou toucher un objet.
Une bonne pratique est une pratique qui vous laisse davantage de choix, pas une pratique que vous devez réussir.
Retrouver la sécurité, petit à petit
Se remettre d'une expérience traumatique ne signifie pas ne plus jamais avoir peur, être triste ou se sentir débordé.
Notre système nerveux est vivant. Il réagit, s'adapte et évolue.
Le chemin peut plutôt consister à apprendre progressivement à :
- reconnaître ce qui se passe en soi ;
- identifier ses besoins ;
- retrouver des points d'appui ;
- prendre soin de son corps ;
- demander de l'aide ;
- faire des choix ;
- revenir au présent lorsque le passé semble reprendre toute la place.
La question n'est donc peut-être pas :
« Comment faire pour ne plus jamais réagir ? »
Mais plutôt :
« Comment puis-je apprendre à mieux me comprendre lorsque je réagis ? »
De la honte à la compréhension
Nous ne choisissons pas toujours nos réactions.
Mais nous pouvons progressivement choisir la manière dont nous les regardons, avec compassion.
Remplacer : « Je suis anormal. »
par : « Quelque chose se passe dans mon corps. »✅
Remplacer : « Je suis trop sensible. »
par : « Mon système semble particulièrement vigilant en ce moment. »✅
Remplacer : « Je devrais déjà aller mieux. »
par : « Je peux avancer à mon rythme. »✅
C'est parfois là que commence une autre relation à soi.
Une relation moins fondée sur le jugement et davantage sur l'écoute.
Une dernière invitation
La prochaine fois que votre corps réagit d'une manière que vous ne comprenez pas, essayez, si cela vous est possible, de faire une pause.
Posez les pieds au sol.
Regardez autour de vous.
Respirez comme votre corps en a besoin.
Et demandez-vous simplement :
« Qu'est-ce qui se passe en moi, maintenant ? »
Puis :
« De quoi ai-je besoin pour me sentir un peu plus en sécurité ? »
Il n'est pas nécessaire d'avoir toutes les réponses.
Parfois, comprendre que notre réaction a une histoire est déjà une première étape pour sortir de la honte.
Et apprendre à écouter son corps peut devenir, petit à petit, une manière de retrouver davantage de présence, de choix et de confiance.
Pour aller plus loin
Les réactions au trauma sont très variables d'une personne à l'autre. Les pratiques proposées ici sont des outils simples d'ancrage et d'attention au présent ; elles ne remplacent pas un accompagnement psychologique ou médical.
Si les réactions sont importantes, persistantes ou perturbent fortement votre quotidien, il peut être utile de consulter un professionnel formé au traumatisme.
