La peur : signal de protection ou état chronique délétère ?

14 février 2026

La peur fait partie des émotions fondamentales de l’être humain. Elle joue un rôle essentiel dans la survie en alertant face à un danger et en mobilisant rapidement les ressources nécessaires pour se protéger. Pourtant, lorsqu’elle devient chronique, diffuse ou déconnectée d’un danger réel, la peur cesse d’être protectrice et peut devenir une source majeure de stress et de déséquilibre, tant psychique que corporel.

Comprendre la différence entre une peur saine et une peur envahissante permet de restaurer sa fonction régulatrice naturelle.

La fonction saine de la peur


La peur est une émotion d’alerte. Elle signale une menace potentielle — réelle ou perçue — et déclenche une réponse physiologique immédiate : accélération du rythme cardiaque, mobilisation musculaire, focalisation de l’attention. Ces réactions permettent d’éviter un danger, de se protéger ou d’agir avec prudence.


Les recherches en neurosciences affectives menées par Joseph LeDoux montrent que la peur repose sur des circuits cérébraux rapides, notamment au niveau de l’amygdale, permettant une réaction avant même l’analyse consciente de la situation. Dans ce cadre, la peur est adaptative, transitoire et proportionnée.


Une peur saine :

  • est liée à une situation présente,
  • disparaît lorsque le danger est écarté,
  • soutient la prise de décision et la protection de soi.



Quand la peur devient chronique


La peur devient problématique lorsqu’elle n’est plus associée à un danger immédiat, mais à une anticipation permanente. Le corps reste alors dans un état d’alerte prolongé, comme si la menace ne cessait jamais.

Cette peur chronique peut se manifester par :

  • anxiété diffuse,
  • hypervigilance,
  • troubles du sommeil,
  • fatigue persistante,
  • difficultés de concentration.


Les travaux fondateurs de Hans Selye ont montré que l’activation prolongée du stress — sans phase de récupération — épuise les systèmes d’adaptation de l’organisme et peut favoriser l’apparition de troubles psychosomatiques.



Les origines possibles de la peur envahissante


Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l’installation d’une peur chronique :

  • expériences passées non intégrées (traumatismes, insécurité),
  • confusion entre danger réel et danger imaginé,
  • environnement imprévisible ou insécurisant,
  • absence de ressources internes ou relationnelles suffisantes.


Dans ces contextes, la peur ne joue plus son rôle de signal ponctuel, mais devient un état de fond, maintenant le corps et l’esprit dans une tension constante.



Retrouver une peur régulatrice


Retrouver une relation plus saine à la peur implique :

  • de différencier l’alerte réelle de l’anticipation anxieuse,
  • de restaurer un sentiment de sécurité intérieure,
  • de développer l’ancrage corporel et la présence,
  • de pouvoir nommer et symboliser ce qui fait peur.


Un accompagnement thérapeutique peut aider à réguler les réponses de peur excessives, en particulier lorsque celles-ci sont liées à des expériences anciennes ou non conscientes.


Conclusion

La peur n’est pas une ennemie à combattre, mais une sentinelle à écouter. Lorsqu’elle est ponctuelle et ajustée, elle protège la vie. Lorsqu’elle devient chronique, elle signale un déséquilibre qui mérite d’être entendu et accompagné. Restaurer une peur saine, c’est redonner au corps et à l’esprit la capacité de se détendre lorsque le danger est passé.


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