La tristesse et le chagrin : émotion de perte ou enfermement silencieux ?

14 février 2026

La tristesse est l’émotion associée à la perte, à la séparation et au renoncement. Elle permet l’intégration psychique d’un changement, d’une absence ou d’une transformation.

Lorsqu’elle peut être ressentie et traversée, la tristesse soutient un processus naturel d’ajustement.

En revanche, lorsqu’un chagrin ne s’apaise pas avec le temps, il peut devenir un état figé, parfois révélateur d’autres émotions non reconnues.

La fonction saine de la tristesse


La tristesse invite au ralentissement, au retrait temporaire et à l’intériorisation. Elle permet de :

  • reconnaître la perte,
  • intégrer une réalité nouvelle,
  • faire le lien entre ce qui a été et ce qui n’est plus,
  • solliciter implicitement le soutien de l’entourage.


Dans les théories de l’attachement développées par John Bowlby, la tristesse est une réponse normale à la séparation et au manque. Elle participe au processus de deuil et favorise, à terme, une réorganisation émotionnelle.

Une tristesse saine :

  • est liée à une perte identifiable,
  • évolue avec le temps,
  • laisse progressivement place à d’autres émotions.



Le chagrin qui s’installe


Le chagrin devient problématique lorsqu’il se prolonge indéfiniment, sans transformation. Il peut alors se manifester par :

  • une fatigue émotionnelle profonde,
  • un sentiment de vide ou d’impuissance,
  • un retrait relationnel,
  • une perte d’élan vital.


Dans ces situations, la tristesse n’est plus seulement une émotion de passage, mais un état durable, parfois associé à des formes de dépression.



Quand la tristesse masque la colère


Certaines approches cliniques et psychodynamiques soulignent que la tristesse persistante peut parfois recouvrir une colère non exprimée. Lorsqu’une perte est vécue comme injuste, violente ou incompréhensible, mais que l’expression de la colère est jugée inacceptable ou dangereuse, celle-ci peut se retourner vers l’intérieur et se transformer en chagrin figé.

Le psychanalyste André Green a décrit ces dynamiques où certaines émotions deviennent silencieuses, empêchant la vitalité psychique de circuler.



Retrouver une tristesse qui circule


Accompagner la tristesse consiste à :

  • reconnaître pleinement la perte, y compris symbolique,
  • différencier tristesse, colère et culpabilité,
  • autoriser l’expression émotionnelle complète,
  • restaurer un lien vivant avec soi et avec les autres.


La perte symbolique peut concerner :

  • une image de soi (ce que l’on pensait être ou devenir),
  • une relation idéalisée qui n’a jamais réellement existé,
  • un sentiment de sécurité ou de confiance,
  • une espérance, un projet, une promesse non tenue,
  • un rôle ou une place (devenir parent, être reconnu, être choisi),
  • une version passée de soi, liée à un âge, un état de santé ou une étape de vie.


Lorsque la tristesse est accueillie et traversée, la perte reconnue, elle peut redevenir ce qu’elle est fondamentalement : une émotion de transformation, ouvrant vers une nouvelle forme d’équilibre.



Conclusion


La tristesse n’est pas une faiblesse, mais une capacité humaine à reconnaître ce qui a compté. Ce n’est pas le chagrin qui rend malade, mais son immobilisation. Permettre à la tristesse de circuler, c’est redonner au psychisme la possibilité de se réorganiser et de retrouver le mouvement du vivant.


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